janv 15 Mutualisation / SoTicket, la billetterie solidaire par SoCoop

Catégories : Actualités / Structuration

/// Pourquoi une billetterie collaborative ?

Autrefois simple obligation administrative permettant de justifier la recette d’un spectacle et de s’assurer du respect de la jauge maximale, la billetterie s’est progressivement transformée pour devenir un véritable instrument de communication, de marketing et de connaissance des publics.

C’est d’abord le mode de commercialisation qui a évolué, avec la possibilité de confier tout ou partie des ventes à des « agences » ou à des réseaux qui assurent les préventes à grande échelle.

L’informatisation des systèmes a permis à certains réseaux de peser très largement sur la distribution, notamment grâce à des enseignes de grande distribution (spécialisées ou non), ou à des agences spécialisées dans la vente à des collectivités. Pour certains spectacles, la totalité de la billetterie s’écoule via ces canaux. Ces ventes occasionnent des commissions, parfois en cascade, qui peuvent atteindre jusqu’à 15% de la valeur initiale du billet, et sont « captées » par des opérateurs étrangers à la filière du spectacle.

Avec le développement de la vente en ligne et les possibilités de dématérialisation des billets, de nouvelles évolutions ont encore profondément modifié le « marché ».
  • Développement de la vente en ligne par des plateformes de distribution qui mélangent points de vente physiques et ventes en ligne,
  • Apparition de multiples plateformes techniques avec site en marque blanche permettant de la vente en ligne pour tout type d’événementiel,
  • Profusion de sites promotionnels et agrégateurs de contenus qui redirigent les acheteurs sur des plateformes de vente,
  • Développement de techniques de marketing assises sur l’analyse des pratiques d’achat et des publics, afin de cibler la promotion et en utilisant les réseaux sociaux,
  • Généralisation du contrôle aux entrées par l’utilisation de scanners de codes-barres,
  • Mise en place du Yield management (variation du prix du billet en fonctions de divers facteurs),
  • Apparition récente du « cashless ».
Cette complexification des techniques disponibles et des pratiques de billetterie met les producteurs face à de multiples enjeux :
  • Une complexité technique qui nécessite l’intervention de prestataires spécialisés et de personnels qualifiés,
  • L’augmentation potentielle des coûts de gestion pour la distribution (qui profitent à des opérateurs extérieurs à la filière de création), alors même que le numérique devrait au contraire permettre une baisse des coûts,
  • Une marchandisation croissante du spectacle par la mise en place de techniques de ventes qui ne visent qu’à optimiser le remplissage de grandes enceintes, par l’utilisation de techniques de commercialisation de plus en plus agressives et intrusives, et avec des prix tirés à la hausse pour les spectacles les plus populaires,
  • Une fracture « numérique » à la fois pour le public qui a de moins en moins le choix de se passer d’Internet, et également entre les producteurs, avec d’un côté ceux qui ne disposent que de faibles moyens, et de l’autre les grandes entreprises de production.
C’est pour faire face à ces enjeux qu’est né le projet SoCoop.

Plusieurs lieux de concerts de Musiques Actuelles ont engagé une réflexion sur cette question de la billetterie, à la faveur de rencontres professionnelles organisées par la FEDELIMA. Ces préoccupations ont touché des producteurs regroupés au sein du SMA (tourneurs, festivals...) et ont donné lieu à la création d’un groupe de travail associant divers adhérents de la FEDELIMA, du SMA et du réseau francilien (RIF), pour déboucher sur un groupement de préfiguration. Celui-ci, constitué de 7 lieux, a financé une étude pour évaluer la possibilité de se doter collectivement d’un outil de billetterie.

 

/// La philosophie du projet

SoCoop se fixe plusieurs objectifs :
  • Développer un outil de billetterie permettant la gestion complète d’une billetterie de concert, depuis la mise en vente jusqu’à la reddition des comptes, pouvant gérer les divers canaux de distribution existants, et intégrant le contrôle des accès,
  • Rendre autonome les producteurs qui le souhaitent dans la gestion et la commercialisation de leur billetterie, y compris pour la vente en ligne,
  • Créer un outil qui permette l’extraction et la gestion de « données clients » dans le but de développer une gestion dynamique des publics (promotion, fidélisation, accessibilité…),
  • Professionnaliser et renforcer la structuration des membres des réseaux à l’origine du projet, afin qu’ils sécurisent leurs pratiques en matière de billetterie (respect des règlementations, déclarations obligatoires, respect des jauges, contrôles d’accès…) et qu’ils optimisent leur fonctionnement (meilleure information, gain de temps de gestion, augmentation de la fréquentation…).
Les initiateurs du projet veulent l’inscrire dans le champ de l’économie sociale et solidaire, avec un attachement particulier aux valeurs telles que :
  • La non-lucrativité : réinvestir l’intégralité des excédents dans le développement du projet,
  • La gouvernance démocratique : respecter la règle « une personne / une voix »,
  • L’intérêt général : agir pour l’intérêt de tous et non pour celui de quelques-uns,
  • Le respect des droits : respecter la règlementation ainsi que la confidentialité des données,
  • L’indépendance et la liberté de choix : refuser les logiques de concentration verticale et les oligopoles, devenir propriétaire des applications web qu’elle développe,
  • La solidarité : définir des règles et des tarifs qui sont modulés en fonction des moyens de chacun.
Les objectifs de ce projet sont aussi de :
  • Garantir une juste répartition de la valeur produite lors d’un concert entre les artistes, le producteur et les prestataires ou intervenants,
  • Faciliter l’accessibilité du public aux pratiques culturelles et artistiques (modalités d’accès, prix…),
  • Refuser la marchandisation de la culture, notamment en ne considérant pas le public comme de simples consommateurs d’un produit « d’entertainment »,
  • Simplifier et optimiser la gestion des structures de la filière musicale afin de leur permettre de se consacrer pleinement à leur coeur de métier,
  • Organiser la coopération entre les partenaires et les acteurs du projet afin de lever au maximum les freins dans l’accès aux technologies numériques.

 

/// SoTicket, quelles fonctionnalités ?

SoTicket est basé sur La Billetterie de Supersoniks, solution logicielle en ligne, qui présente de nombreux avantages (prise en main à distance plus simple, mutualisation de la maintenance, gestion multi-poste, pas d’installation en local, ergonomie, personnalisation, gestion autonome des données…).
La plateforme SoTicket est un outil de billetterie mutualisée qui permet à chaque utilisateur d’être autonome au niveau de ses données.

Les besoins des utilisateurs de billetterie sont communément les suivants :
  • Possibilité de gérer des « abonnés » qui achètent une carte donnant des réductions sur un nombre limité de billets d’un même spectacle (abonnement valable à la saison ou de date à date…),
  • Possibilité d’achat de « packs » prédéfinis par le producteur (type pass 2 jours…),
  • Mise en place de guichets déportés, permettant à un tiers de distribuer des billets pour le compte du producteur,
  • Paramétrage personnalisable (multi-tarifs, multi-salles…),
  • Placement libre, mais aussi possibilité de « catégories » de places (par zone),
  • Vente directe sur le site du producteur, sans passer par des intermédiaires,
  • Exportation simple des données clients.
SoCoop souhaite aussi intégrer, en plus de ces fonctionnalités essentielles attendues, d’autres possibilités qui n’existent pas actuellement sur le marché mais qui sont demandées par une majorité des utilisateurs :
  • Possibilité de définir sa propre politique en matière de commission (intégré au prix ou qui majore le prix payé, variable selon les guichets déportés…),
  • Possibilité d’utiliser les canaux de distribution de son choix (réseaux type Fnac…) et gestion en temps réel du quota total de billets à distribuer,
  • Interopérabilité des appareils de contrôle d’accès,
  • Suivi des ventes et/ou interfaçage par webservice avec les outils internes (type ERP) des producteurs.

 

/// Les tarifs

S’ajoutent à ces montants réglés à SoCoop :

  • l’utilisation de PayBox pour gérer le paiement en ligne : 290€ de frais d’accès + 300 euros par an + 0,085€ par transaction au dessus de 100 transactions par mois (négociation en cours avec le Crédit Mutuel)
  • les frais bancaires liés aux transactions CB, propres à chacun (dépendent des banques, du volume de transactions, etc).
Simulation complète du coût pour votre structure sur le site www.socoop.fr

 

/// La gouvernance de SoCoop

Comme rappelé dans l’historique, le projet est né d’une réflexion des membres de la FEDELIMA, du SMA et du RIF, qui a donné lieu à la création d’un groupement informel de préfiguration.

Ces trois groupements fédéraux ou syndicaux ont un rôle de prescription auprès de leurs membres et souhaitent s’impliquer dans le groupement SoCoop, afin de garantir les orientations stratégiques du projet et le respect de ses valeurs fondatrices.

A ce jour, nous pouvons identifier une douzaine d’utilisateurs déclarés et une dizaine d’utilisateurs potentiels supplémentaires à moins d’un an (dont des producteurs extérieurs aux réseaux à l’origine du projet).

La société Supersoniks est l’agence retenue pour développer l’outil de billetterie. Elle apporte ses compétences en développement web et elle dispose déjà d’une application opérationnelle qui assure à ce jour les principales fonctionnalités de billetterie requises.

L’activité menée étant de nature commerciale et générerant des excédents qui pourraient être réinvestis dans le projet (le but n’étant pas de faire des économies ou de défendre des intérêts), la forme coopérative semble la mieux indiquée. Le groupement donne donc précisément naissance à une SCIC (Société Coopérative d’Intérêt Collectif) créée en janvier 2016.