nov 5 L'École de la Nuit #2

Catégories : Actualités / Rencontres, événements

L'École de la Nuit propose un deuxième séminaire sur "Qu'est ce que la valeur ?" au Centre FGO-Barbara.

Intervenants : André Orléan - Evelyne Pieiller

L'École de la Nuit #2
L'ÉCOLE DE LA NUIT

A la fin du XVIe siècle, à Londres, un groupe qui s’est nommé L’Ecole de la Nuit—School of Night, se réunit régulièrement, et clandestinement. C’est un groupe de stars: des auteurs de théâtre, des savants, des aventuriers chéris de la Reine. Ils ont le goût de la marge, du risque, du dépassement du sens commun. Il y en a parmi eux qui cherchent la gloire (Christopher Marlowe), d’autres qui cherchent à fonder des utopies dans le Nouveau Monde (Walter Raleigh), tous aiment le plaisir: mais ce n’est pas ce qui les réunit. Ce qui les réunit, c’est l’audace de la pensée. Ils veulent penser le plus librement possible, le plus loin possible, pour se débarrasser des vieux empêchements qui brident l’imagination et font passer la conformité pour l’ordre éternel des choses. Ils s’appuient sur les découvertes des savants, et ces découvertes sont dangereuses: en particulier, celle qui affirme que l’univers est infini. Ce n’est pas ce que dit la Bible, ce n’est pas ce que disent les autorités. Ce savoir-là est interdit. C’est pourquoi ils se font très discrets. Mais actifs. L’un d’eux invente le théâtre anglais, un autre fait connaître la circulation du sang, un autre encore propage l’idée qu’il existe des galaxies par milliers…

Il n’y a aucun danger évidemment aujourd’hui à se réunir pour chercher à se donner les moyens de penser librement. D’autant qu’on a assez tendance à considérer qu’on y arrive à peu près correctement tout seul. Et que de surcroît, le monde étant ce qu’il est, c’est plutôt de solutions concrètes qu’on a besoin, notamment quand on pratique un art. C’est parfaitement exact. Sauf que, pour élaborer des solutions concrètes, il est assez utile de connaître les… empêchements. Ce à quoi contribue toute réflexion précise sur ses conditions d’exercice : pourquoi, pour qui, comment? Afin d’ouvrir un chemin qui mènerait des conditions réelles, à celles qu’on peut espérer.

 

LE SEMINAIRE

A propos de la question de la valeur, on observe un schisme au sein des sciences sociales entre les sciences historiques (anthropologie, histoire et sociologie) pour lesquelles la valeur - sociale, morale, esthétique - est une croyance collective qui pousse les hommes et les sociétés à l’action de par les passions qu’elle concentre et la théorie économique dominante, dite « marginaliste » ou « néoclassique », qui, depuis 140 ans, enseigne que la valeur d’un bien est toute entière dans son utilité. Ce schisme oppose une conception de l’humanité passionnelle à une conception utilitariste, pour ne pas dire rationnelle puisqu’aux yeux du consommateur, un bien ne vaut qu’au prorata des services utiles qu’il lui rend. Selon moi, les faits démentent l’approche utilitariste dans la mesure où le moteur qui fait se mouvoir le capitalisme n’est que secondairement la recherche de biens utiles : y domine une passion bien plus puissante, le désir d’argent. Il s’ensuit une conception originale qui cesse d’opposer la valeur économique aux autres valeurs, pour reconnaître sous toutes ces réalités une même force collective qui s'impose aux consciences individuelles et les modèle. Nous présenterons cette thèse et en explorerons certaines des conséquences.
André Orléan

La valeur artistique attribuée aux oeuvres est fluctuante au cours de l’histoire.
Le cas de Van Gogh est célèbre: il ne vendit quasiment aucune toile. Mais il n’est pas le seul à n’avoir pas été reconnu à sa “valeur”. Il y eut des artistes qui, comme lui, ne furent salués qu’après leur mort, il y eut, aussi, ceux qui, après avoir joui d’une certaine notoriété, sont tombés dans l’oubli, enfin, certains, en leur temps, apparurent comme des représentants satisfaisants de leur art, parmi d’autres, avant de grandir considérablement en importance. Vermeer , Bach, passaient à leur époque pour des artistes de second plan…
Qu’est-ce qui définit la valeur esthétique? Qu’est-ce qui permet de mesurer l’importance d’une oeuvre? Qu’est-ce qui intervient pour la faire reconnaître?
La question est d’autant plus ardente que, d’une part, la modernité semble avoir consacré la fin des vieux repères (le Beau, le Vrai, censés intemporels), la fin des hiérarchies (il n’y a plus de chef d’oeuvre, il n’y a plus que l’oeuvre), et que, d’autre part, la valeur du travail artistique est de plus en plus identifiée à sa valeur économique. On peut penser à Jeff Koons bien sûr, mais aussi bien aux débats autour de l’annulation du Festival d’Avignon…
Evelyne Pieiller

  • André Orléan est un économiste, spécialiste des questions monétaire et financière. Il est actuellement Directeur de recherche au CNRS et Directeur d’Études de l’EHESS. Il a notamment publié L’empire de la valeur. Refonder l’économie aux Éditions du Seuil en 2011 qui a reçu le Prix Paul Ricœur.
  • Evelyne Pieiller est membre de la rédaction du Monde diplomatique, elle collabore régulièrement avec : Le Magazine Littéraire, la Quinzaine littéraire, L’Insensé. Derniers textes publiés : L’Almanach des contrariés (Édition Gallimard).

 

LE PROJET

L’Ecole de la nuit est un projet de recherche mené par l’association Belmachine. Il a pu être initié avec l’aide de l’Arcadi/Ile-de-France/Fonds de soutien à l’initiative et à la recherche.

 

Informations pratiques

Les 14 et 15 novembre au Centre FGO - Barbara
1, rue de Fleury 75018 Paris - Métro : Barbès-Rochechouart

De 10h30 à 16h30 le samedi
et de 10h à 13h le dimanche
suivi d’une discussion autour d’un verre

→ Entrée libre dans la limite des places disponibles

→ Inscription obligatoire à contact@belmachine.org ou au 06 51 14 75 02