avr 9 Communiqué / Priorité à l'éducation artistique et culturelle ? Le cas Zebrock

Catégories : Actualités / Financement, politiques culturelles


[Communiqué] jeudi 2 avril 2015

Priorité à l'éducation artistique et culturelle ?
Le cas Zebrock

Le Conseil d'administration de l'Association a pris sa décision fin mars: un nouveau plan de redressement est engagé à Zebrock, avec des mesures drastiques. Après la restructuration du printemps 2014, qui avait supprimé cinq postes, quatre nouvelles suppressions de postes, du chômage partiel et de sévères économies s'imposent pour éviter que le projet Zebrock s'arrête là.
D'importants projets engagés ou en cours de l'être sont reportés ou stoppés, notamment "Sciencemusique: explorer les savantes musiques des jeunes", belle proposition éducative retenue par le Commissariat général à l'investissement et l'ANRU à hauteur de 450K€. Dans l'état actuel de ses moyens et de sa trésorerie, notre association ne peut s'y engager. Elle va y renoncer.
Comment en est-on arrivé là ?

Depuis 2009, Zebrock souffre d'un déséquilibre structurel consécutif à l'amputation brutale par le Conseil général de Seine Saint-Denis de 130k€ à sa subvention annuelle de fonctionnement, au moment où elle s'installait dans de nouveaux locaux et se structurait pour l'avenir. Sauf à décapiter la structure, il nous est alors impossible de répercuter cette baisse: il faut de nouveaux projets pour trouver le point d'équilibre, ce qui est déséquilibrant. En outre l'association n'est pas d'accord pour renoncer à Zebrock au Bahut, son projet phare, financé par l’Etat, la Région Ile-de-France et la Sacem notamment.
Nous avons travaillé dur, avec plaisir. Vu la place privilégiée qu'occupent la chanson et les musiques actuelles dans les univers sensibles des adolescents, notre mot d'ordre s'imposait: "il faut cultiver le désir de musique des adolescents, la musique est une formidable entrée en culture " ! Nous avons renouvelé nos programmes, creusé la question essentielle de la médiation, renforcé la pertinence de dispositifs d'accompagnement pour les jeunes groupes, nous avons exploré les enjeux de la transmission des patrimoines musicaux, nous avons élargi le nombre de nos partenaires – y compris du côté des partenaires privés, pris part à des projets européens, nous avons formé des stagiaires et créé des emplois. Nous avons grandi. Nous avons même passé les obstacles budgétaires et redressé le déficit. Nous avons surtout montré la pertinence de dispositifs éducatifs publics exigeants sur les contenus, porteurs d'une visée progressiste et humaniste et inscrits dans une militance culturelle dont tout nous dit aujourd'hui l'impérieux besoin.

En 2012, nous ne sommes pas les seuls à avoir entendu que l'Etat affichait dorénavant la "priorité jeunesse" s'engageait avec détermination pour l'éducation artistique et culturelle, qu'il fallait travailler en banlieue et dans les ZEP, qu'il fallait créer des emplois, qu'il fallait faire entrer le numérique dans l’école… Président, vous pouvez compter sur nous ! Avons-nous crié d'une même voix, avec d’autres.

Nous avons investi dans la perspective numérique en considérant que le travail en milieu scolaire devait impérativement se nourrir des usages et pratiques numériques qui modifient profondément les accès au savoir et donc les modes de leur transmission. Nous pensions de bon droit que nous y serions accompagnés et soutenus, d'autant plus que les nombreuses séances de travail avec de nombreux interlocuteurs de tous niveaux (jusqu'aux cabinets ministériels) nous confortaient dans cette démarche. "Nous avons besoin de votre expertise", "vous apportez les réponses aux questions que nous nous posons", "faites-nous des propositions"… Nous avons eu, et avons toujours, la certitude qu'effectivement l'expertise et les savoir-faire accumulés depuis 25 ans au sein de Zebrock étaient réemployables et reproductibles… à de nouvelles échelles, ce que rend possible le numérique.
Cynisme politique, courte vue, politique d’austérité budgétaire, incurie bureaucratique ? Un peu de tout cela sans doute pour aboutir à… rien !

Les réductions de subventions, conséquence des baisses du budget de la culture et du manque de volonté politique, une stupéfiante incapacité à penser l'avenir et la vie culturelle hors des dogmes financiers ont petit à petit réduit l'horizon. Jusque en 2014 l'association a interpellé ses soutiens, en Zebrock / Communiqué – 2 avril 2015 premier lieu le Conseil général de Seine Saint-Denis et son vice-président à la culture, Emmanuel Constant, alertant sur une situation appelée à se dégrader si un tour de table des partenaires n'était pas réuni avec l'objectif de garantir l'équilibre de Zebrock. Il était notamment question à nos yeux de prendre appui sur les Ministères de la culture et de l'éducation nationale, tous deux porteurs de "la grande ambition nationale pour l'éducation artistique et culturelle". Le Conseil général nous a opposé une fin de non recevoir polie et nos demandes de rendez-vous furent régulièrement reportées… Mesuré et constructif, le communiqué que nous avions publié en juin 2014, est resté sans écho.
En septembre, c'est dans un silence assourdissant que notre banque, le Crédit coopératif, au mépris des règles que devrait régir une relation de plusieurs années, nous a annoncé par téléphone qu'elle ne couvrait plus les découverts usuels de l'association. Pas de réaction des soutiens principaux. En d'autres termes, débrouillez-vous.
C'est donc avec le cœur gros et la colère rentrée que nous abordons cette nouvelle étape marquée par un insupportable gâchis. Du chômage, des compétences éparpillées, des dispositifs qui ne verront pas le jour alors que s'imposent toujours les mêmes nécessités: travailler au plus près des élèves, renouveler les outils, penser l'avenir et cultiver l'esprit critique. En clair, la nécessité d'être utile.

Utile, Zebrock entend bien le rester. En dépit de ces difficultés, l'association et l'équipe, décident de réunir les conditions de la poursuite et de l'évolution du projet au service de la diversité musicale, pour les collégiens, lycéens et jeunes musiciens d'Ile de France.

Zebrock compte y parvenir avec ses amis, soutiens et partenaires. Elle leur donne rendez-vous dès le mardi 14 avril au Cabaret Sauvage, où seront réunis plusieurs centaines de collégiens et lycéens pour une conclusion festive des actions éducatives 2014/15. Grand Corps Malade, Sanseverino, Fred des Ogres et beaucoup d'autres professionnels et amis participeront sur scène et dans la salle à ce moment très chaleureux de rencontre avec les élèves. Et nous lèverons notre verre aux 25 ans de Zebrock !